L'EnVert de l'Écologie est une newsletter mensuelle née en Tunisie, ouverte sur le monde. Elle secoue ceux et celles qui doutent encore au changement. Elle accompagne ceux et celles qui savent que les transformations socio-écologiques sont impératives.
Cette newsletter n'a pas la prétention de tout expliquer, ni d'offrir des réponses toutes faites. Elle ambitionne quelque chose de plus humble et de plus essentiel : nourrir une prise de conscience collective, défricher des pistes de solutions, et identifier ensemble les leviers d'action qui s'offrent à nous — en Tunisie d'abord, en résonance avec le reste du monde ensuite.
C'est une invitation à regarder en face, à penser autrement, et à agir — chacun·e à son échelle, tou·tes ensemble. Bienvenue dans la lucidité.
La Tunisie a présenté sa CDN 3.0 lors d'un séminaire à Gammarth les 16-17 mai 2026 : 55 milliards USD sur 2026-2035, réduction de 62 % de l'intensité carbone d'ici 2035, eau et agriculture en tête des priorités d'adaptation. Un plan ambitieux, dont 69 % des financements restent conditionnés à l'appui international — dans un contexte où les promesses du Fonds vert tardent à se matérialiser.
Quatre jours plus tard, le 20 mai 2026, l'Assemblée générale des Nations Unies adoptait la résolution A/80/L.65 à 141 voix : un texte historique qui, s'appuyant sur l'avis consultatif de la CIJ de juillet 2025, fait passer le non-respect des obligations climatiques du domaine des intentions à celui du droit international illicite, et ouvre le droit à réparation intégrale pour les États lésés. La Tunisie s'est abstenue.
Elle rejoint un bloc de 28 abstentionnistes dont neuf États arabes (Algérie, Bahreïn, Irak, Koweït, Libye, Oman, Qatar, Soudan, Syrie). Les réserves officielles portent sur l'article 4, jugé sensible pour les pays dépendants aux énergies fossiles. La juxtaposition est saisissante : afficher une CDN ambitieuse et refuser la contraignabilité juridique internationale de ces mêmes engagements. Ce n'est pas une incohérence accidentelle — c'est la cartographie exacte de ce que la Tunisie est prête à promettre, et de ce à quoi elle n'est pas prête à être tenue.
La Tunisie reste un pays en stress hydrique structurel. Si la situation de fin mai 2026 est légèrement moins tendue qu'en 2023, aucun indicateur structurel ne s'est amélioré : les ressources hydriques renouvelables sont parmi les plus faibles du bassin méditerranéen, et la pression de la demande ne cesse de croître.
Greenpeace MENA pointe le paradoxe central : le secteur agricole absorbe 75 % des ressources hydriques disponibles, et le gouvernement entend pourtant étendre l'irrigation pour atteindre l'autosuffisance en blé dur. La CDN 3.0 répond par le dessalement et les eaux usées traitées — des solutions nécessaires mais insuffisantes sans réforme des modes de consommation agricole.
Ce que l'on sait déjà des étés précédents doit orienter l'action : les coupures électriques dues aux pics de demande ont bloqué les stations de pompage en 2023, aggravant en cascade la crise hydrique. Cet été, avec des projections de consommation électrique record, ce scénario est hautement probable. Anticiper le rationnement, c'est le planifier : cartographier les sources alternatives, prévoir des points de distribution, établir des protocoles de rotation communiqués à l'avance. Un rationnement préparé en commun est toujours moins violent qu'un rationnement imposé dans l'urgence.
Le député Dhafer Sghiri a déposé en mai 2026 une proposition de loi d'élimination progressive des sacs plastiques à usage unique, avec transition de 1 à 2 ans et incitations fiscales pour les industriels. L'intention est légitime : les microplastiques sont désormais détectés dans l'eau, les aliments et l'organisme humain, et 84 % des déchets marins côtiers tunisiens sont des polymères.
Mais la Tunisie dispose d'un cadre réglementaire sur les sacs plastiques depuis mars 2020. Moins de six ans après, les sacs sont partout. Sans mécanismes d'application crédibles — contrôle, sanction, financement des alternatives — une nouvelle loi ne changera pas les étagères des marchés. Ce n'est pas un problème de volonté législative, c'est un problème de capacité institutionnelle à faire respecter le droit environnemental.
Le 22 mai 2026, Journée mondiale de la biodiversité, le ministre de l'Environnement Habib Abid a présidé depuis l'Académie diplomatique une cérémonie marquée par le lancement du Plan d'accélération de la mise en œuvre de la SPANB (Stratégie et Plan d'Action National pour la Biodiversité), sous le thème « Action locale, impact mondial ». Quatre rapports nationaux ont été présentés : rapport national sur la biodiversité (7e édition), protocole de Carthagène, protocole de Nagoya, et rapport du système d'information de la convention de Barcelone. Des initiatives concrètes ont été dévoilées : gouvernance des aires marines protégées, programme de la Ceinture verte, initiative du Littoral bleu, résilience des zones humides et projets d'emplois verts liés à la biodiversité.
La question qui s'impose : ces plans d'accélération seront-ils dotés des budgets et des mécanismes de suivi nécessaires ? La Tunisie a une longue histoire de stratégies ambitieuses insuffisamment implémentées. La biodiversité ne fait pas exception.
Le WWF Afrique du Nord a lancé un appel à la préservation du littoral tunisien avant la saison estivale. Kairouan : une marche vers Tunis pour dénoncer la pollution industrielle. Kébili : des employé·e·s de la société de l'environnement en grève. Ces signaux cartographient l'échec de la gouvernance environnementale locale : les aires protégées ne le sont que sur le papier si les moyens de surveillance et de contrôle sont absents.
L'ANME a annoncé en mai 2026 que le programme de remplacement de climatiseurs énergivores a permis d'éviter 4 000 tonnes de CO₂. Un résultat réel, à mettre en regard d'une réalité structurelle : le déficit énergétique primaire est passé de 15 % en 2010 à 65 % en 2025. La STEG prévoit pour l'été 2026 un pic de demande autour de 5 000 MW — un niveau qui a déjà forcé des manœuvres d'urgence en 2025 pour éviter l'effondrement du réseau.
Le délestage n'est pas qu'une gêne : il coupe simultanément la climatisation des populations vulnérables, la réfrigération des médicaments et le pompage de l'eau. La sobriété et la rénovation du parc de climatisation municipal — dont les coefficients de performance sont souvent inférieurs à 2 — constituent le levier le plus rapide et le moins coûteux. Investir dans l'efficacité énergétique, c'est éviter les délestages qui tuent.
La maladaptation désigne, dans le lexique du GIEC, les mesures prises en réponse au changement climatique qui, au lieu de réduire la vulnérabilité, la maintiennent, la déplacent vers d'autres groupes ou la renforcent à plus long terme. Elle se produit lorsqu'une réponse est calibrée sur le système climatique passé et non sur le système à venir.
Elle peut être infrastructurelle (digues qui déplacent le risque vers les plus pauvres), sectorielle (irrigation intensive dans un pays en stress hydrique) ou institutionnelle (conserver la séance unique calibrée pour 1956 comme dispositif de protection thermique en 2026, ou promettre 55 Mds USD de CDN tout en s'abstenant sur leur contraignabilité juridique internationale).
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Guide opérationnel · Chaleurs extrêmes · Tunisie
Chaleurs extrêmes : Guide d'adaptation à un été 2026 caniculaire en Tunisie
Resilient Futures — Mai 2026
31 pages. Système d'alerte à quatre niveaux, cartographie des populations vulnérables, plans d'action communaux avant le 1er juin, références internationales (France, Espagne, Italie, Grèce) et checklist annexe. Le document de référence pour l'été 2026.
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Rapport annuel · OMM · Mondial
State of the Global Climate 2025
Organisation Météorologique Mondiale — Mars 2026
Les onze années les plus chaudes, l'accélération du réchauffement océanique, la fonte des glaces. Introduit pour la première fois le déséquilibre énergétique terrestre comme indicateur clé. Document de référence pour comprendre le contexte global dans lequel s'inscrivent les chaleurs tunisiennes.
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Rapport · ONU Femmes · Genre & chaleur
Gender-differentiated and age-specific risks of heat stress in a warming world
ONU Femmes — 2026
La chaleur n'est pas un risque neutre. Ce rapport introduit la « charge thermique cachée » — la surcharge de travail de soin que les canicules font peser sur les femmes. Un appel à produire des données désagrégées par genre, sans lesquelles les politiques climatiques restent structurellement aveugles aux vulnérabilités qu'elles prétendent couvrir.
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Tunisie / Maghreb
Ecologia Ep. 93 — Dr Fadhel Kaboub : From Crisis to Systemic Transformation
Ecologia Podcast · 27 mai 2026 · 1h07
Souveraineté économique, transition écologique juste et décolonisation du développement : le professeur Fadhel Kaboub — économiste tuniso-américain, président du Global Institute for Sustainable Prosperity — livre une lecture systémique de ce que le Sud global doit construire pour ne pas reproduire les pièges du Nord. Un épisode qui résonne directement avec les angles de ce numéro.
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Tunisie
فيضانات تونس … أزمة مناخ أم خيارات عمرانية خاطئة؟
Inondations en Tunisie : crise climatique ou mauvais choix urbanistiques ?
Podcast SIGNAL · Al Qatiba · 2026
Les inondations qui frappent régulièrement les villes tunisiennes ne sont pas de simples accidents climatiques : elles révèlent des décennies de choix d'urbanisation désordonnés, de bétonnage des zones humides et d'absence de plans de gestion des eaux pluviales. Al Qatiba pose le bon diagnostic — et la bonne question politique.
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