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À propos de cette newsletter
L'EnVert de l'Écologie est une newsletter mensuelle née en Tunisie, ouverte sur le monde. Elle secoue ceux et celles qui doutent encore au changement. Elle accompagne ceux et celles qui savent que les transformations socio-écologiques sont impératives. Cette newsletter n'a pas la prétention de tout expliquer, ni d'offrir des réponses toutes faites. Elle ambitionne quelque chose de plus humble et de plus essentiel : nourrir une prise de conscience collective, défricher des pistes de solutions, et identifier ensemble les leviers d'action qui s'offrent à nous — en Tunisie d'abord, en résonance avec le reste du monde ensuite. C'est une invitation à regarder en face, à penser autrement, et à agir — chacun·e à son échelle, tou·tes ensemble. Bienvenue dans la lucidité. |
| 1 | Mot de la rédaction |
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L'EnVert de l'Écologie · Juillet 2026
« 49,7°C à Kairouan, 6 000 MW de demande de pointe pour 4 630 MW de capacité, un pays plongé dans le noir la nuit du 14 au 15 juillet. L'INM avait pourtant alerté dès le 8 juillet. Il aura fallu attendre le soir du 22 juillet, près de deux semaines plus tard, pour qu'une réunion présidentielle tardive réunisse trois ministres et trois directeurs généraux au palais de Carthage — sans qu'aucune décision ni aucune donnée utile n'en ressorte. Un rapport de Resilient Futures publié quelques jours plus tard racontait une toute autre histoire : une crise installée depuis quinze ans, documentée dans les rapports mêmes de l'État. Mais cette crise n'est pas nouvelle : elle date de plusieurs années, elle est même documentée dans les rapports de l'État. Juillet n'a rien révélé de nouveau. Il a rendu visible, dans la douleur, ce que tout le monde savait déjà. »
— L'équipe de la rédaction
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| 2 | Tunisie en focus |
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49,7°C
Record à Kairouan le 17 juillet
tête du classement mondial ce jour-là |
150 à 200
Décès estimés par l'OTJM —
jamais confirmés par le ministère de la Santé |
1 370 MW
De déficit — 6 000 MW de pointe pour
4 630 MW de capacité, comblé par l'Algérie |
Depuis le 14 juillet, la STEG impose des délestages tournants face à un pic de 6 000 MW, soit un déficit de 1 370 MW par rapport à la capacité nationale qui n'excède pas les 4 630 MW, comblé par les importations algériennes, tandis que le mercure atteint 49,7°C à Kairouan le 17 juillet. Dans la nuit du 14 au 15 juillet, un blackout qualifié d'« historique » a plongé Grand-Tunis, Tataouine, Nabeul et Monastir dans le noir : silence total de la STEG jusqu'au lendemain matin, avant qu'elle ne reconnaisse trois facteurs cumulatifs — la canicule, la demande record, et un incident survenu en Algérie ayant réduit les capacités d'échange électrique.
L'INM avait publié sa première alerte dès le 8 juillet, 48 heures avant le début de l'épisode. Il aura fallu attendre le soir du 22 juillet — près de deux semaines plus tard — pour qu'une réunion présidentielle tardive rassemble trois ministres (Intérieur, Équipement/Énergie, Agriculture) et les directeurs généraux de la STEG, de la SONEDE et de la Protection civile au palais de Carthage. Aucune décision n'y a été prise.
Le coût humain de ce silence : deux décès confirmés à Médenine le 15 juillet, après l'arrêt de concentrateurs d'oxygène pendant une coupure. L'Organisation Tunisienne des Jeunes Médecins (OTJM) estime le bilan réel entre 150 et 200 morts, tout en dénonçant le silence du ministère de la Santé, qui n'a communiqué aucun chiffre officiel. Une enquête d'Inkyfada documente par ailleurs une crise installée depuis une quinzaine d'années : marge de réserve du réseau passée de 28 % en 2022 à 20 % en 2026, endettement STEG de 7,36 milliards de dinars, kWh vendu à 291 millimes pour un coût de production de 456. La chaleur est le révélateur, pas la cause : elle rend visible, brutalement, une vulnérabilité structurelle documentée depuis longtemps.
Plus de 7 millions de m³ se sont évaporés des 37 grands barrages en dix jours, avec un pic à 1,1 million de m³ en une seule journée le 12 juillet, alors que les températures ont dépassé les normales saisonnières de 8 à 14 degrés. Le taux de remplissage reste toutefois meilleur qu'en 2025 (60 % contre 41 %), une amélioration inégale selon les régions : le Nord et le Cap Bon dépassent 90 %, tandis que le barrage de Nebhana, dans le Centre, reste en déficit.
Ces chiffres masquent une seconde crise, structurellement liée à la première : les stations de pompage de la SONEDE dépendent du réseau STEG, et chaque délestage coupe aussi l'eau. Dès le 14 juillet, le Forum Tunisien pour les Droits Économiques et Sociaux (FTDES) a dénoncé une « crise de l'eau » touchant des gouvernorats bien au-delà des zones historiquement marginalisées — Ariana, Ben Arous, Sousse, Monastir, Mahdia, Nabeul, Kairouan. Les pertes du réseau de distribution atteignent 25 à 30 %, comparables aux 19 % releveés par un audit de la Banque mondiale sur le réseau électrique (objectif : 15 %).
Face à ce constat, la FAO et le CERTE expérimentent une technologie de réduction de l'évaporation. Une piste utile — mais qui ne traite qu'un symptôme parmi d'autres : un taux de remplissage de 60 % présenté comme rassurant ne dit rien d'une crise qui est d'abord une crise de gestion et d'infrastructures vétustes, pas de ressource.
Selon la Protection civile et la Direction générale des forêts, 101 incendies ont ravagé environ 1 788 hectares entre le 1er juin et le 22 juillet, dont 90 départs concentrés sur la seule période du 11 au 22 juillet — jusqu'à un départ de feu toutes les cinq minutes au plus fort de l'épisode, sur des services déjà mobilisés par la canicule. Le principal sinistre, au mont Chahma à Zaghouan, a dépassé 400 hectares et nécessité un renfort héliporté. Comparé à 2023 (Krib et Malloula, environ 1 200 ha chacun), 2026 reste moins sévère à l'échelle unitaire — mais le rythme des départs traduit une pression inédite sur des secours déjà sursollicités par les coupures.
La protection de la biodiversité tunisienne nécessite une stratégie de long terme sur 30 à 40 ans, et non des réponses ponctuelles : les zones humides ont perdu près de la moitié de leur superficie sous l'effet de l'urbanisation, un aménagement du territoire qui ne tient pas compte des contraintes écologiques.
Sur un registre plus positif, l'APAL a confirmé début juillet que les textes réglementaires créant les premières réserves marines et côtières officielles du pays — La Galite, Zembra et Zembretta, Kuriat, Kneiss — ont été transmis à la présidence du gouvernement, en vue d'une publication au Journal officiel. Mais un texte transmis n'est pas un texte publié, et un statut de réserve n'est pas une gestion effective : la Tunisie a déjà appris, avec Zembra, qu'une aire protégée sur le papier peut rester des années sans moyens de gestion réels.
La Tunisie consomme chaque année 4,2 milliards de sacs plastiques, soit environ 400 par habitant·e — un niveau élevé face aux moyennes européennes. Vingt-cinq députés ont déposé un projet de loi prévoyant amendes de 5 000 à 50 000 DT et peines de prison pour les infractions.
Le problème ? L'interdiction existe déjà — décret gouvernemental n° 2020-32, entré en vigueur en mars 2020 pour les grandes surfaces et les pharmacies. Six ans plus tard, ce même texte fait l'objet d'une réforme au sein du ministère de l'Environnement, tandis que 60 % des 188 000 tonnes de déchets plastiques annuels ne sont toujours pas traités correctement, et que les sacs continuent d'envahir le paysage. Une nouvelle loi plus sévère ne réglera rien si la première n'a jamais été appliquée faute de contrôles : le problème tunisien n'est pas un vide juridique, c'est un vide d'exécution.
La Tunisie mise sur les data centers pour devenir un pont numérique entre l'Afrique et l'Europe, avec un projet de 20 MW à Bizerte adossé à une centrale solaire à Tozeur. Les promoteurs mettent en avant des architectures « sobres en eau » — un choix révélateur : les investisseurs ont compris avant les pouvoirs publics où se situe la ligne rouge tunisienne. Reste à savoir si cette prudence sera la norme, ou l'exception qui habille la règle.
| 3 | Actu internationale |
| 4 | Analyse du numéro |
| 5 | Notion clé du numéro |
Un dôme de chaleur est un phénomène atmosphérique : une masse d'air chaud piégée en altitude par un blocage anticyclonique, à l'échelle d'un pays ou d'un continent entier — c'est lui qui explique la simultanéité des pics à 49,7°C en Tunisie et des records en France, en Espagne et en Italie. L'îlot de chaleur urbain, lui, est un phénomène local : le béton, l'asphalte et l'absence de végétation font qu'une ville reste plusieurs degrés plus chaude que sa campagne environnante, de jour comme de nuit.
| 6 | Rapports & ressources recommandés |
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Enquête journalistique · Data-journalisme · À lire absolument
La crise de l'électricité en chiffres
Inkyfada — 20 juillet 2026
En croisant rapports STEG, données de l'Observatoire national de l'énergie et auditions parlementaires, cette enquête reconstitue quinze ans de sous-investissement derrière les coupures de juillet 2026. Référence absolue pour comprendre que la canicule n'a été qu'un déclencheur, pas une cause.
→ Accéder à l'enquête
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Note scientifique · Climat · OMM/Copernicus
Western Europe has hottest June on record
World Meteorological Organization — Juillet 2026
Le bulletin officiel de l'OMM sur la canicule européenne de juin 2026 : températures océaniques record, impacts sanitaires, incendies. Une base factuelle solide pour comparer les réponses institutionnelles européennes et tunisiennes face à un même phénomène.
→ Accéder au bulletin
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Analyse de données · Climat · Anglais
State of the Climate : Rapidly developing El Niño raises chance of record-warm 2026
Carbon Brief — 24 juillet 2026
Une analyse méthodique de 667 simulations climatiques pour comprendre pourquoi 2026 pourrait devenir l'année la plus chaude jamais enregistrée — et ce que cela signifie pour les vagues de chaleur à venir en Méditerranée.
→ Accéder à l'analyse
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| 7 | Podcasts à écouter |
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BBC World Service · Anglais
The Climate Question — « How are the world's great cities coping with climate change? »
BBC World Service · 5 juillet 2026
Plus de la moitié de l'humanité vit déjà en ville ; sept milliards de personnes y vivront d'ici 2050. Comment les maires gèrent-ils canicules et inondations en première ligne ? Un éclairage utile pour penser Tunis, Sfax et Sousse au-delà de l'urgence estivale.
→ Écouter le podcast
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Le Monde · Français
Chaleur humaine — « Que retenir de la canicule de juin 2026 ? »
Le Monde · Nabil Wakim · été 2026
Un bilan lucide de la canicule française de juin, et des leçons à en tirer avant la suivante. Le parallèle avec la crise tunisienne de juillet est frappant : même scénario, mêmes questions de préparation collective non posées à temps.
→ Écouter le podcast
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L'EnVert de l'Écologie
Gouvernance · Climat · Territoires · Sobriété
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Newsletter mensuelle indépendante Tunisie & International Numéro 4 — Juillet 2026 |