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À propos de cette newsletter
L'EnVert de l'Écologie est une newsletter mensuelle née en Tunisie, ouverte sur le monde. Elle secoue ceux et celles qui doutent encore au changement. Elle accompagne ceux et celles qui savent que les transformations socio-écologiques sont impératives. Cette newsletter n'a pas la prétention de tout expliquer, ni d'offrir des réponses toutes faites. Elle ambitionne quelque chose de plus humble et de plus essentiel : nourrir une prise de conscience collective, défricher des pistes de solutions, et identifier ensemble les leviers d'action qui s'offrent à nous — en Tunisie d'abord, en résonance avec le reste du monde ensuite. C'est une invitation à regarder en face, à penser autrement, et à agir — chacun·e à son échelle, tou·tes ensemble. Bienvenue dans la lucidité. |
| 1 | Mot de la rédaction |
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L'EnVert de l'Écologie · Août 2026
« Août 2026 restera le mois où la Tunisie a découvert, en même temps, la température de son air, la fragilité de son réseau électrique et les limites de sa gouvernance des risques climatiques. Un ressenti de 51 °C sur le littoral. Près de 1 000 départs de feu et 12 100 hectares partis en fumée. Des coupures d'eau dans des gouvernorats où les barrages sont pourtant mieux remplis qu'il y a deux ans — et, à Gafsa, une nappe phréatique épuisée à 118 % par l'industrie du phosphate pendant que les habitant·es bloquent les routes pour un peu d'eau potable. Des détenus sont morts dans des prisons surpeuplées en pleine canicule. À Gabès, deux semaines après la visite présidentielle, rien n'a changé sur le terrain. Et à Oulan-Bator, la COP17 sur la désertification s'est achevée sans protocole contraignant sur la sécheresse.
Rien de tout cela n'est un accident. Ce sont des seuils, et des renoncements. Ce numéro raconte un pays et un système multilatéral qui ont atteint, simultanément, les limites physiques de leurs infrastructures et les limites politiques de leur manière de les gouverner. » — L'équipe de la rédaction
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| 2 | Tunisie en focus |
La dernière semaine d'août a placé le pays sous une chape de chaleur : 40 à 47 °C dans l'intérieur, et surtout une humidité de 60 à 89 % sur les côtes et à Kairouan qui a porté la température ressentie à 49-51 °C, avec des nuits qui ne redescendent plus sous les 30 °C. Juillet avait déjà été, selon l'INM, le deuxième mois de juillet le plus chaud depuis 1950 (+3,4 °C au-dessus de la normale, 42,8 % des précipitations habituelles).
Le 30 août, cette chaleur a tué. Quatre détenus sont morts à la prison de Monastir, deux autres ont été placés en réanimation, et d'autres décès ont été signalés dans les prisons de Gafsa, Mahdia, Mornaguia et du Grand Tunis.
Et pourtant : aucun bilan officiel de surmortalité liée à la chaleur, aucun système national d'alerte santé-chaleur, aucun réseau de lieux rafraîchis.
Le bilan saisonnier présenté le 31 juillet fait état de près de 1 000 départs de feu et plus de 12 100 hectares ravagés, concentrés dans les gouvernorats du Nord-Ouest qui abritent l'essentiel du patrimoine forestier. Six incendies majeurs en quinze jours avaient déjà emporté 4 000 hectares en juillet, contraignant la Tunisie à solliciter le mécanisme européen de protection civile. Fin août, les fumées des feux algériens ont traversé la Méditerranée jusqu'à la Sicile, rappelant que ce risque ne s'arrête pas aux frontières.
L'administration met en avant la rapidité d'intervention et un bilan inférieur aux pires saisons. C'est exact, et c'est insuffisant : une forêt de pin d'Alep met jusqu'à 80 ans à se régénérer. À ce rythme, le stock brûle plus vite que le flux ne repousse.
La saison 2025-2026 a offert un répit réel sur les barrages : 67 % de remplissage au printemps, autour de 60 % en juin. Mais une enquête publiée fin août révèle une autre géographie de la pénurie : à Gafsa, la Compagnie des phosphates consomme 18 à 20 millions de m³ par an — 72 % des ressources en eau souterraine profonde de la région. La nappe d'El Guettar est exploitée à 118 % de sa capacité renouvelable ; 90 % des adultes souffriraient de fluorose dentaire. Depuis le 10 juillet, les habitant·es bloquent les routes — « l'eau qui va au phosphate, c'est nous qui en avons le plus besoin », résume un protestataire.
Le paradoxe se répète ailleurs : malgré des barrages mieux remplis, les coupures ont continué à Sousse, Monastir, Mahdia, Zaghouan, Nabeul et dans le Grand Tunis, faute de réseau — un cinquième des 59 000 km du réseau SONEDE a plus de cinquante ans. Tant qu'une seule industrie peut légalement capter les trois quarts de l'eau souterraine d'un gouvernorat en stress hydrique élevé, la question n'est plus celle des infrastructures : c'est celle de l'arbitrage entre un modèle extractif et le droit à l'eau.
L'été a mis à nu une fracture structurelle. Le pic de demande a approché 6 000 MW en juillet, contre 4 888 MW en 2024 — soit environ 23 % de hausse en deux ans — pour une capacité installée de l'ordre de 5 983 MW. Dans le même temps, l'investissement de la STEG dans la production a chuté d'environ 87 % entre 2016-2020 et 2021-2025. Un député alertait fin juillet sur un déficit de 1 500 MW.
Les renouvelables progressent : 630 MW de photovoltaïque installés à fin juin (dont 500 MW en toitures résidentielles) et 9,2 % de la production nationale. La trajectoire est bonne ; le rythme ne l'est pas, face à un objectif de 35 % et à une dépendance au gaz algérien qui couvre encore l'essentiel du mix.
La STEG installe des transformateurs de renfort pendant que les délestages se poursuivent. Le problème n'est pas la panne : c'est qu'un pays qui bat des records de chaleur chaque été ait divisé par huit son investissement productif au moment précis où la climatisation devient un enjeu de survie.
Le 11 août, Kaïs Saïed s'était rendu à Gabès sans annonce préalable, déclarant que « les unités polluantes ne seront pas remises en service » et promettant un démantèlement « selon une stratégie claire ». Deux semaines plus tard, le bilan dressé par le député Thameur Mazhoud est sans appel : « aucune évolution majeure ». Émissions toxiques et rejet de phosphogypse en mer se poursuivent, sans feuille de route publiée ni financement pour l'extension du dessalement de Zarat.
Le collectif Stop Pollution maintient que toutes les unités dépassent les normes, de 40 à 300 fois selon les seuils. RFI décrit, fin août, des militant·es « entre lassitude et volonté de ne pas abandonner leur ville » — une fatigue militante qui dit tout de l'écart entre l'attention d'une visite présidentielle et la lenteur de sa mise en œuvre.
Une visite présidentielle n'est pas une politique de dépollution. Tant qu'il n'existe ni étude épidémiologique nationale, ni mesure publique en continu des rejets, ni date de fermeture opposable ni budget alloué, l'annonce du 11 août reste une intention — et les habitant·es de Chott Essalem continuent de respirer, un mois plus tard, exactement ce qu'ils respiraient avant.
Depuis le début de l'été, près de 6 000 m³ de déchets ont été collectés sur 152 plages. La Presse titrait fin août sur un pays qui « se dégrade » faute de sanctions appliquées. Une réponse structurelle se dessine : l'ANGed et ONU-Habitat misent sur la valorisation énergétique, avec une unité de captage des gaz de la décharge de Rahma bientôt opérationnelle.
La mer, elle, envoie ses propres signaux, et ils sont désormais mondiaux : Copernicus a mesuré le 22 août un record absolu de température de surface des océans, 21,1 °C. En Méditerranée, qui se réchauffe 20 % plus vite que la moyenne mondiale, les proliférations de méduses Rhizostoma pulmo observées sur les côtes tunisiennes coïncident avec des anomalies thermiques de +8 °C le 5 août. Ce n'est pas une invasion : c'est un écosystème qui bascule.
À Bizerte, associations et ingénieur·es continuent de se mobiliser contre le projet d'enrochement de la Corniche porté par l'APAL. Quand l'agence chargée de protéger le littoral doit être contestée pour protéger le littoral, c'est la doctrine d'aménagement côtier elle-même qui doit être révisée.
| 3 | Actu internationale |
| 4 | Analyse du numéro |
| 5 | Rapports & ressources recommandés |
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Évaluation régionale · Risques climatiques · Eau-énergie-alimentation
Climate Risks in the MENA Region: A Systems-Level Assessment
Carboun Institute — août 2026
L'évaluation la plus complète publiée cette année sur les risques climatiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : 0,46 °C de réchauffement par décennie, 20 à 40 % de précipitations en moins, 6 à 14 % de PIB régional menacé d'ici 2050. Sa force est de raisonner en cascades systémiques : eau → agriculture → énergie → migration → stabilité politique. Lecture indispensable pour situer la Tunisie dans sa région.
→ Accéder au rapport
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Rapport de référence · Sécheresse · Adaptation · Après l'échec du protocole d'Oulan-Bator
Global Drought Outlook — Vers un monde plus sec
OCDE, en partenariat avec la CNULCD
Le document qui aurait dû structurer un accord contraignant à Oulan-Bator — resté hors d'atteinte à la COP17 : comment la sécheresse cesse d'être un aléa saisonnier pour devenir un régime permanent, et ce que coûte l'absence de plans nationaux. Il détaille les instruments d'adaptation à long terme — tarification, assurance, gestion de la demande, restauration des sols — directement transposables au Centre et au Sud tunisiens, en attendant la COP18.
→ Accéder au rapport
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Enquête documentaire · Phosphate · Ressources hydriques · Gafsa
Traitement du phosphate à Gafsa : une industrie qui épuise les nappes phréatiques
Inkyfada — août 2026
L'enquête la plus précise disponible sur le conflit d'usage de l'eau à Gafsa : chiffres de consommation de la Compagnie des phosphates, taux d'exploitation de la nappe d'El Guettar, impact sanitaire documenté (fluorose) et mobilisation citoyenne depuis juillet. Une lecture indispensable pour comprendre pourquoi des barrages mieux remplis ne suffisent pas à garantir l'eau au robinet.
→ Accéder à l'enquête
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| 6 | Podcasts à écouter |
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France 24 · Élément Terre · Français
« Désertification : la COP17 à la recherche de moyens pour assurer la sécurité alimentaire mondiale »
France 24 · 19 août 2026
La meilleure porte d'entrée, en quelques minutes, sur les enjeux d'Oulan-Bator — à revoir maintenant à la lumière d'une conférence refermée sans protocole contraignant sur la sécheresse.
→ Voir l'émission
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BBC World Service · The Climate Question · Anglais
Is this a new era of wildfires?
BBC World Service
Un épisode qui interroge directement « l'ère des feux impossibles à arrêter » évoquée dans ce numéro : ce que les incendies records en Europe et en Afrique du Nord changent à la stratégie de prévention et d'aménagement.
→ Écouter le podcast
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L'EnVert de l'Écologie
Gouvernance · Climat · Territoires · Sobriété
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Newsletter mensuelle indépendante Tunisie & International Numéro 5 — Août 2026 |