Résumé exécutif
Du 10 au 22 juillet 2026, la Tunisie a connu un épisode caniculaire quasi continu de deux semaines — jusqu'à 49–50 °C à la date du 21 juillet. La réponse publique a d'abord progressé sur le plan de l'anticipation météorologique : l'Institut National de la Météorologie (INM) a anticipé de 48 heures dès le 8 juillet, et des gestes ciblés ont été pris (protection du cheptel, transparence opérationnelle de la Protection civile).
Mais cette même séquence a vite révélé une réponse demeurée sectorielle et mal articulée : consignes sanitaires publiées au pic plutôt qu'en amont, travailleur·euses exposé·e·s absent·e·s des messages, et surtout un silence initial de la STEG, du ministère de l'Environnement et des communes — alors qu'un communiqué isolé de la STEG à Kairouan annonçait déjà, sans le nommer, les prémices de la crise énergétique à venir.
Principaux constats
Absence d'un Plan National Canicule. La Tunisie affronte des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et sévères sans dispositif national de préparation ni de réponse coordonnée : chaque épisode est géré dans l'urgence et en ordre dispersé, malgré les recommandations réitérées de l'OMS.
Un déficit d'anticipation récurrent. La première alerte du 8 juillet — émise pour une vague de chaleur du 10 au 12 — n'a pas été recontextualisée quand la vague s'est muée en canicule ; les vigilances n'ont été émises qu'à moins de 24 heures des pics des 17 et 21 juillet.
Une réponse publique en silos. Au premier pic (STEG, Environnement et communes silencieux) succède un blackout « historique » (nuit du 14 au 15 juillet), suivi de plusieurs jours de silence institutionnel, puis d'une communication de la STEG sur les délestages dont les horaires n'étaient ni respectés ni conformes à la réalité des coupures.
Effets en cascade
Les épisodes thermiques extrêmes agissent comme des multiplicateurs de risques : une demande électrique record, un déficit comblé par des importations algériennes, l'arrêt de machines industrielles (signalé par l'UPMI) et un coût du kilowattheure non distribué porté à 4 à 5 dinars. L'escalade institutionnelle — syndicale (UGTT), présidentielle (Kaïs Saïed, coupures qualifiées d'« anormales »), puis parlementaire (ARP) — est arrivée tardivement et en deçà des attentes.
Conclusions et recommandations clés
Les extrêmes thermiques ne créent pas les défaillances : ils révèlent et amplifient les insuffisances structurelles des secteurs concernés (énergie, eau, santé, forêts). Face à cela, la réponse publique demeure réactive et cloisonnée.
1. Gouvernance et pilotage de crise — Créer une cellule interministérielle « chaleur extrême », activée dès la vigilance orange et pilotée par l'exécutif (non par les opérateurs). Adopter un Plan National Canicule aligné sur l'OMS, décliné en plans locaux portés par les communes.
2. Santé et données — Instaurer une surveillance épidémiologique de la chaleur et un bilan sanitaire officiel, pour sortir de l'estimation et documenter la mortalité et la morbidité attribuables.
3. Énergie et communication publique — Sécuriser le système électrique en période de pointe et adopter un protocole de communication publique daté, stable et fiable sur les délestages.