NOTE ANALYTIQUE
GOUVERNANCE · JUIN 2026

Décryptage de la communication institutionnelle tunisienne sur les extrêmes de chaleur (2019–2025)

Sept années de communication institutionnelle passées au crible, à partir de 133 références. Une communication réactive, fragmentée et socialement sélective — et huit leviers pour en sortir.

Par Nidhal Attia · Resilient Futures, Tunis

Résumé exécutif

Sur sept années consécutives (2019-2025), les institutions tunisiennes ont communiqué sur les chaleurs extrêmes de façon réactive, fragmentée et non coordonnée. Aucune campagne préventive de printemps n'a été documentée sur l'ensemble de la période : toute communication démarre pendant l'épisode, jamais avant.

Ce déficit structurel s'accompagne d'une exclusion persistante — les personnes âgées isolées et les travailleur·euses extérieur·es demeurent hors de portée des canaux institutionnels habituels.

CE QUE DIT LE CONSTAT Un système structurellement défaillant, non par manque de ressources, mais par manque de coordination, d'anticipation et de recentrage sur les populations les plus vulnérables. D'autant plus urgent que les cinq années les plus chaudes enregistrées en Tunisie depuis 1950 sont toutes postérieures à 2021.

Méthode

La note repose sur le dépouillement systématique de 133 références : archives médiatiques tunisiennes, contenus publics des pages institutionnelles (2019-2025), archives radiophoniques, communiqués et publications sur les réseaux sociaux, enrichis des données publiques de la STEG et de l'ANME ainsi que des recherches internationales récentes sur la communication thermique.

Il s'agit d'une première tentative documentée de chronologie critique de la communication sur les extrêmes de chaleur en Tunisie. Elle prolonge le Guide d'adaptation à un été 2026 caniculaire publié en mai 2026.

Sept acteurs, aucun centre de gravité

Sept institutions interviennent dans la communication sur les extrêmes de chaleur. Leur analyse révèle une défaillance commune : l'alerte arrive pendant l'épisode, rarement avant, et jamais de façon coordonnée.

Aucun mécanisme formalisé de coordination n'a été identifié dans les sources analysées. Chaque institution opère dans son couloir sectoriel — météo, santé, énergie, agriculture, climat, secours, territoire — sans interface avec les autres. Le résultat est un système qui produit de l'information sans produire de réponse.

La chaîne est fracturée en trois points critiques : un délai structurel entre l'émission de l'alerte et sa communication publique, l'absence de protocoles standardisés de transmission sanitaire, et une incapacité opérationnelle des communes à traduire l'alerte en action concrète.

L'ABSENT LE PLUS NOTABLE En sept années d'épisodes caniculaires documentés, le ministère de l'Environnement n'apparaît pas dans les communications de crise thermique — alors qu'il dispose d'un mandat légal de coordination intersectorielle sur le changement climatique et d'une proximité institutionnelle avec la Stratégie Nationale d'Adaptation.

Le curatif contre le préventif

Cette distinction structure l'ensemble des défaillances documentées. La communication curative — dominante en Tunisie — réagit pendant ou après l'épisode : « boire de l'eau, éviter le soleil », adressé à des publics déjà exposés. Son utilité est réelle mais structurellement limitée.

La communication préventive obéit à une logique inverse : campagnes de printemps, formation des agent·e·s communaux·ales. Elle vise à modifier les comportements avant l'exposition, là où l'effet de protection est maximal — pour un coût marginal.

Chronologie 2019-2025

La lecture épisode par épisode mesure l'évolution réelle du dispositif et ses lacunes persistantes. L'alerte météo et la réponse sanitaire ont évolué dans deux temporalités parallèles, sans passerelle opérationnelle. La note documente également la « séance unique », réponse historique devenue insuffisante face au régime thermique actuel.

Recommandations

Quatre leviers communaux, mobilisables sans budget

Quatre décisions structurelles au niveau national

LE CHANGEMENT DE PARADIGME La plupart des recommandations ne requièrent aucun budget supplémentaire. Elles supposent avant tout de passer de la gestion curative de crise à une gouvernance préventive et inclusive du risque thermique.