Un outil stratégique et opérationnel pour doter les communes tunisiennes des instruments nécessaires pour anticiper, prévenir et gérer les épisodes de chaleurs extrêmes de l'été 2026.
Ce guide est un outil stratégique et opérationnel destiné aux communes tunisiennes. Son objectif : les doter des instruments nécessaires pour anticiper, prévenir et gérer les épisodes de chaleurs extrêmes de l'été 2026 — pics de chaleur, vagues de chaleur et canicules.
Il s'adresse en priorité aux représentant·e·s des communes, aux directeurs et directrices des services techniques, ainsi qu'aux agents chargés de la protection civile et de la santé publique au niveau local. Il peut également servir de référence aux gouvernorats dans leur mission de coordination et d'appui technique.
Les cinq anomalies thermiques annuelles les plus élevées depuis 1950 sont toutes postérieures à 2020 : 2024 (+1,7 °C), 2022 (+1,5 °C), 2023 (+1,3 °C), 2021 (+1,2 °C) et 2025 (+1,1 °C). Il ne s'agit plus d'une tendance ponctuelle mais d'un déplacement structurel du régime climatique tunisien vers un état durablement plus chaud.
À l'horizon 2050, le nombre de jours de fortes chaleurs consécutifs augmentera de +32 jours en scénario RCP 4.5 et +39 jours en RCP 8.5 — soit 40 à 50 % de plus que la période de référence 1981-2010. Les régions côtières méditerranéennes et le Sud saharien connaîtront les anomalies les plus marquées.
Tendances observées par l'Institut National de Météorologie et projections climatiques à l'horizon 2050. Effet de fragilisation progressive : sols plus secs, nappes plus basses, infrastructures davantage sollicitées, moindre résilience physiologique des populations à chaque épisode successif.
Le pic de chaleur désigne une élévation brève (1 à 2 jours). La vague de chaleur correspond à un épisode prolongé de 5 jours et plus, avec une Tmax supérieure de +5 °C aux normales. La canicule est la forme la plus intense, combinant températures maximales et minimales élevées, sans refroidissement nocturne suffisant. Le guide propose un système d'alerte à quatre niveaux, la Tunisie ne disposant pas encore de Plan National Canicule.
Mécanismes physiologiques, cartographie des populations vulnérables, plan de gestion sanitaire communal.
Au-delà de 60 °C en surface, le bitume standard se ramollit ; les revêtements noirs atteignent 65 à 80 °C lors des épisodes caniculaires. Côté eau potable, la SONEDE compte 14 000 km de conduites de plus de 50 ans sur un réseau de 59 000 km, avec des pertes par fuites atteignant 50 %. Le guide propose des mesures correctives hiérarchisées : inventaire des revêtements vulnérables, maintenance hors juin-septembre, spécifications « bitume haute résistance thermique », revêtements à albédo élevé.
Le déficit du bilan d'énergie primaire est passé de 15 % en 2010 à 65 % en 2025. La STEG a enregistré un pic de 4 825 MW le 20 juillet 2023, puis 4 888 MW en juillet 2024, avant un pic qualifié de « sans précédent » en juillet 2025. Le délestage supprime simultanément la climatisation, la réfrigération des médicaments et le pompage de l'eau : ce scénario doit être préparé par chaque commune avant la saison.
Avec moins de 350 m³ par habitant et par an, la Tunisie est très en dessous du seuil de stress hydrique absolu fixé à 1 000 m³ par l'ONU. Les canicules créent des points de bascule opérationnels : à l'été 2023, l'évaporation accélérée de barrages déjà à 27 % de remplissage, un pic de demande électrique bloquant les stations de pompage et une explosion de la demande des ménages se sont conjugués — exposant une gouvernance hydrique conçue pour des sécheresses chroniques, pas pour des sécheresses et des canicules concomitantes.
L'îlot de chaleur urbain peut élever la température de 3 à 8 °C dans les centres denses. Ses moteurs : albédo faible (le bitume noir absorbe jusqu'à 95 % du rayonnement), imperméabilisation des sols, effet de canyon urbain, chaleur anthropique rejetée par la climatisation, faible densité végétale — chaque arbre adulte produisant un effet rafraîchissant local de 1 à 3 °C.
Cinq piliers : anticiper et réagir, clarté et simplicité, canaux multiples (radio, télévision, presse, réseaux sociaux, affichage, mosquées, marchés, écoles), crédibilité et confiance, ancrage communautaire. Une communication trop tardive, trop technique ou inaccessible aux populations vulnérables peut coûter des vies.
Milan et son programme « Caldo e solitudine » — 6 300 personnes assistées et 1 000 repas quotidiens durant l'été 2024. La France post-2003, après une canicule ayant causé environ 15 000 décès dans le pays et 70 000 en Europe : Plan National Canicule, registres de vulnérabilité obligatoires, alerte à quatre niveaux, réseau de locaux rafraîchis.
L'été 2026 ne représente pas un épisode exceptionnel à traverser : il est le signe d'un régime climatique durablement déplacé. Traiter la chaleur comme un problème météorologique ou technique, et non comme une crise sociale et sanitaire, conduit à des réponses compartimentées qui ignorent le capital social des organisations communautaires — pourtant essentielles pour traduire les alertes techniques en conseils actionnables.
La réponse tunisienne demeure majoritairement réactive plutôt qu'anticipée. Ce modèle génère des angles morts institutionnels — registres de vulnérabilité inactifs, protocoles non testés, budgets d'activation inexistants, responsabilités non assignées — qui se paient en mortalité évitable. La gouvernance communale de la chaleur doit être conçue comme un acte de justice climatique autant que de gestion des risques.